Guide Prévention Sucre – Le GPS des Parents

Le Sucre,
on en parle !

Comprendre, repérer et agir au quotidien

Le saviez-vous ? L'apport de sucre ajouté (saccharose issu de la betterave ou de la canne à sucre) n'est pas nécessaire : une alimentation diversifiée couvre naturellement tous les besoins journaliers en glucides — sans une seule cuillère de sucre blanc.

1Les glucides — carte d'identité

Avant de parler de « sucre », il faut comprendre ce que sont les glucides — la grande famille dont le sucre fait partie. Un seul mot, mais des réalités très différentes.

Arbre de classification des glucides

GLUCIDES SUCRES AMIDON Glucide complexe FIBRES Non digestibles Sucres simples (monosaccharides) Sucres doubles (disaccharides) • Glucose • Fructose • Galactose fruits, lait, miel IG élevé ↑ • Saccharose (glucose+fructose) • Lactose • Maltose ⚠ Saccharose = sucre ajouté Longues chaînes de glucose Pain, pâtes, riz Pommes de terre Céréales, légumineuses ✓ Énergie progressive IG bas / moyen Non digestibles par l'organisme Fruits, légumes Légumineuses Céréales complètes ✓ 25–30 g/jour Ralentit l'absorption
📌

À retenir : Les glucides comprennent les sucres ET l'amidon. Le sucre de table est le saccharose — un disaccharide composé de glucose et de fructose. L'amidon est une longue chaîne de glucose : il s'absorbe lentement et fournit une énergie durable. Ce ne sont pas les mêmes aliments, ni les mêmes effets sur l'organisme.

2Sucre, sucres et glucides : attention à la confusion

Dans les conversations quotidiennes, dans les médias et même dans certains documents de santé, ces trois mots sont souvent utilisés comme synonymes. Ils ne le sont pas — et cette confusion crée de fausses croyances.

« Les glucides »

Grande famille qui comprend tous les sucres (simples et doubles), l'amidon et les fibres. Terme scientifique général.

→ Terme le plus large
« Les sucres »

Sous-famille des glucides simples (glucose, fructose, galactose) et doubles (lactose, saccharose…). Présents naturellement dans les fruits, le lait, ou ajoutés industriellement.

→ Naturels ou ajoutés
« Le sucre »

Dans le langage courant : le saccharose — sucre blanc ou roux, issu de la betterave ou de la canne. C'est le sucre ajouté dans les recettes et les produits industriels. C'est celui à limiter.

→ Le saccharose ajouté

📋 Tableau de classification ANSES

Catégorie Type Exemples Effet sur la glycémie
Sucres simples
(glucides simples)
Monosaccharides Glucose, fructose, galactose Rapide ↑↑
Sucres doubles
(glucides simples)
Disaccharides Saccharose, lactose, maltose Rapide ↑
Amidons
(glucides complexes)
Polysaccharides Céréales, pommes de terre, légumineuses Progressive ✓
Fibres
(non digestibles)
Polysaccharides Fruits, légumes, céréales complètes Neutre / ralentit ✓

Source : ANSES — L'Agence distingue notamment les sucres simples ou glucides simples, les amidons ou glucides complexes, et les fibres.

3Pourquoi les parents doivent s'en préoccuper ?

En France, les études montrent que les enfants consomment largement trop de sucres ajoutés. Les conséquences sur leur santé et leur développement sont documentées — même si quelques idées reçues méritent d'être corrigées.

75 %
des enfants 4–7 ans
dépassent le seuil de 60 g/jour recommandé par l'ANSES
60 %
des enfants 8–12 ans
dépassent le seuil de 75 g/jour — source ANSES 2019
77 %
des aliments transformés
contiennent du sucre ajouté (étude ANSES sur 54 000 produits, 2024)

🔬 Idée reçue corrigée : le sucre ne cause pas l'hyperactivité

⚠️

Aucun lien causal entre sucre et hyperactivité n'a été démontré. Une méta-analyse de référence publiée dans le Journal of the American Medical Association (Wolraich et al., 1995) a analysé 16 études rigoureuses : aucune différence de comportement entre les enfants ayant consommé du sucre et ceux ayant reçu un placebo — même chez les enfants TDAH. Ce que les parents perçoivent est souvent lié au contexte (fêtes, excitation, heure tardive) — non au sucre.

⚠️

En revanche, ce qui est prouvé : les additifs alimentaires — notamment les colorants artificiels — peuvent favoriser une augmentation des comportements d'inattention et d'agitation chez certains enfants. Par ailleurs, les chutes glycémiques après un pic de sucre peuvent provoquer irritabilité, fatigue et difficultés de concentration. Le vrai problème du sucre ajouté, c'est la glycémie instable, l'addiction et les maladies chroniques.

🔍 Zoom : alimentation réduite en sucre et comportements — les travaux de Schoenthaler

Les travaux de Stephen J. Schoenthaler, menés dans des centres de détention pour mineurs aux États-Unis au début des années 1980, ont montré qu'une politique alimentaire réduisant fortement les produits riches en sucre — sodas, snacks, desserts et céréales sucrées — était associée à une baisse importante des infractions disciplinaires et des comportements antisociaux.

Dans l'étude de 1982, après trois mois d'alimentation modifiée (à l'insu des jeunes et du personnel), les 24 jeunes du groupe intervention ont présenté 45 % de violations disciplinaires en moins par rapport au groupe de référence de 34 jeunes. Chez les 8 jeunes ayant vécu la transition alimentaire, la baisse atteignait 55 %. L'étude complémentaire de 1983 rapporte une baisse d'environ 48 % des infractions, dont une réduction importante des violences.

Point important : il ne s'agit pas d'une preuve que le sucre seul explique l'agressivité. Ces études portaient sur une amélioration globale de l'alimentation : moins de sucre ajouté, moins de malbouffe, parfois moins d'additifs, et des collations plus nutritives. La causalité directe sucre → violence n'est pas établie. Ces résultats suggèrent cependant qu'une alimentation de meilleure qualité peut avoir un effet notable sur le comportement.

Références : Schoenthaler, S. J. (1982). The effect of sugar on the treatment and control of antisocial behavior. International Journal of Biosocial Research, 3, 1–9. / Schoenthaler, S. J. (1983). Diet and crime. International Journal of Biosocial Research, 4, 25–39.
🚨

Les produits ultra-transformés : sucre + additifs = double danger

Les sucreries et pâtisseries industrielles combinent sucres ajoutés ET additifs (colorants, conservateurs, épaississants, gélifiants, édulcorants, exhausteurs de goût). C'est cette combinaison qui est associée à des troubles du neurodéveloppement et qui rend ces produits particulièrement addictifs. Les sucreries sont à proscrire au quotidien.

⚗ Ce que contient vraiment un bonbon industriel

⚗ ADDITIFS ALIMENTAIRES — ENQUÊTE AUTOPSIE D'UN BONBON INDUSTRIEL COLORANTS AZOÏQUES E102 — TARTRAZINE Colorant jaune synthétique (azoïque) → aussi utilisé pour teindre les textiles industriels E110 — JAUNE ORANGÉ S Colorant orange, dérivé du goudron de houille → lié à l'hyperactivité chez l'enfant (Lancet, 2007) E122 — CARMOISINE Rouge de synthèse — interdit aux USA → lié à l'hyperactivité (The Lancet, 2007) E124 — PONCEAU 4R Rouge — banni aux USA et en Norvège → lié à l'hyperactivité (The Lancet, 2007) E129 — ROUGE ALLURA AC Colorant rouge foncé, très répandu dans les bonbons → +14% risque cancer global (INSERM/NutriNet, 2026) ADDITIFS INDUSTRIELS ⚠ Mention obligatoire EFSA sur l'emballage : « Peut affecter l'activité et l'attention des enfants » CONSERVATEURS & EXHAUSTEURS E211 — BENZOATE DE SODIUM Conservateur alimentaire → utilisé dans les fusées sifflantes de feux d'artifice → forme du benzène au contact de la vitamine C E320 — BHA Antioxydant (Butylhydroxyanisole) → présent dans le carburant d'avion → possiblement cancérigène (CIRC / IARC) E621 — GLUTAMATE (MSG) Exhausteur de goût → crée un effet addictif sur le cerveau → favorise la surconsommation 6+1 COLORANTS + CONSERVATEUR prouvés liés à l'hyperactivité McCann et al., The Lancet, 2007 298 enfants — étude en double aveugle E102, E104, E110, E122, E124, E129 + E211 → Mention EFSA obligatoire sur l'étiquette depuis 2010 en Europe +14% RISQUE CANCER GLOBAL chez les forts consommateurs de colorants Shah et al., Eur. J. Epidemiology, 2026 Cohorte NutriNet-Santé / INSERM (100 000 pers.) +38% diabète T2 · +21% cancer du sein conservateurs : +24% hypertension 7–8 COLORANTS PAR BONBON certains bonbons en contiennent jusqu'à 7 à 8 simultanément dont 4 à 5 peu recommandables Observatoire des aliments / Que Choisir → Préférer les bonbons sans colorants artificiels ou à base de colorants naturels (E100–E163)

4Les 6 familles fonctionnelles d'aliments

L'approche fonctionnelle classe les aliments selon ce qu'ils apportent réellement à votre corps. C'est bien plus utile que les 6 familles classiques pour faire de bons choix alimentaires.

1 Protecteurs Vitamines Fibres Antioxydants Exemples : Fruits Légumes Rôle : Défenses immunitaires Santé cellulaire Antioxydation 2 Bâtisseurs (calcium) Calcium Protéines Exemples : Lait, yaourt nature Fromage Petits-suisses Rôle : Os, dents Nombreuses fonctions corporelles 3 Bâtisseurs (protéines) Protéines Exemples : Viande, poisson Œufs, soja Quinoa, fromage Rôle : Muscles Enzymes Réparation tissulaire 4 Énergétiques (glucides) Amidon Glucides complexes Exemples : Céréales, pain Pâtes, riz Pommes de terre Légumes secs Rôle : Énergie Cerveau (140 g/j pour un adulte) 5 Hydratants Eau Exemples : Eau Fruits & légumes riches en eau Rôle : Vital pour toutes les fonctions 6 Énergétiques (lipides) Lipides Exemples : Huiles, beurre Avocats Oléagineux Poissons gras *Petits-suisses, fromages (via lactose) Rôle : Énergie concentrée Vitamines liposolubles Absorption
Les familles sont « poreuses » : un même aliment peut contribuer à plusieurs familles. Les petits-suisses et fromages, par exemple, sont classés en famille 2 (calcium/bâtisseurs) mais contiennent aussi du lactose (sucre) qui les rattache à la dimension énergétique de la famille 6. Le quinoa apporte glucides complexes ET protéines. Le soja est légumineuse ET source de protéines.

5Ce que recommandent l'ANSES et l'OMS

Deux autorités sanitaires majeures ont émis des recommandations précises sur les sucres. Les chiffres sont sans appel : la majorité des enfants français dépassent largement les seuils.

ANSES 2016

Avis sur les apports en sucres — adultes et adolescents

100 g
sucres totaux/jour maximum

L'ANSES recommande de ne pas dépasser 100 g de sucres totaux par jour pour les adultes et adolescents. Or, environ 20 % des adultes et 25 % des 13–17 ans dépassent déjà cette valeur en France.

ANSES 2019

Repères alimentaires des enfants

60 g/j
Enfants 4–7 ans
75 % d'entre eux dépassent ce seuil
75 g/j
Enfants 8–12 ans
60 % d'entre eux dépassent ce seuil
OMS 2015

Directive mondiale sur les sucres libres

50 g
sucres libres/jour max
= 10 % de 2 000 kcal/j

L'OMS conseille de ne pas dépasser 50 g de sucres libres (ajoutés) par jour pour un adulte à 2 000 kcal/jour. Elle recommande idéalement de descendre sous les 25 g/jour (5 %) pour des bénéfices supplémentaires sur la santé dentaire et le poids.

💡

Pour un adulte : 140 g de glucides par jour suffisent à couvrir les besoins du cerveau — sans aucun sucre ajouté. Une alimentation diversifiée à base de produits bruts y pourvoit naturellement. Les 93 g de sucres simples naturels d'une journée équilibrée (adulte) viennent des fruits, laitages et légumes — pas d'un seul gramme de sucre de table. Ces 93 g sont complétés par les apports issus des produits de la famille des amidons.

6Zoom sur le saccharose — nocivité et addiction

Le saccharose est le sucre le plus consommé en France. Il est partout. Comprendre précisément comment il agit sur l'organisme est essentiel pour prendre les bonnes décisions.

🔬 Structure et absorption

Saccharose = Glucose + Fructose — ce qui se passe dans votre corps Saccharose ingéré Sucre de table blanc ou roux — IG = 65 Betterave ou canne Coupé par la saccharase en 2 molécules ↓ Glucose (50 %) → sang immédiatement → pic d'insuline → cellules énergétisées → puis chute glycémique Irritabilité, fatigue + Fructose (50 %) → foie exclusivement → stocké en graisses → triglycérides ↑ → stéatose hépatique Obésité, NASH Résultat global Obésité, diabète T2 Maladies cardiovasc. Inflammation chronique Caries dentaires Microbiote perturbé Addiction dopaminergique

🧠 Le saccharose et le cerveau — mécanisme d'addiction

① Ingestion Absorption rapide dans le sang Pic glycémique ② Dopamine Circuit de récompense activé — plaisir intense Bien-être immédiat ③ Chute glycémique Insuline → glucose baisse rapidement Irritabilité, fatigue ④ Manque Récepteurs dopamine désensibilisés (tolérance) Besoin de plus de sucre ⑤ Addiction Cercle vicieux Analogue aux drogues ↺ retour à ①
🔬

Une étude publiée en 2016 montre que la consommation régulière et abondante de saccharose provoque une diminution progressive des récepteurs à la dopamine — de manière analogue à l'exposition aux drogues. Par ailleurs, selon l'ANSES (étude 2024 sur 54 000 produits), 77 % des aliments transformés contiennent du sucre ajouté, y compris des produits salés : sauces, charcuteries, pains industriels, plats préparés.

📊 Maladies associées à la surconsommation de saccharose

🦷
Caries
Les bactéries de la bouche fermentent le saccharose en acide qui attaque l'émail
⚖️
Obésité
Le fructose stocké dans le foie se transforme en graisses (triglycérides)
🩸
Diabète type 2
Pics répétés → résistance à l'insuline → diabète chronique
❤️
Maladies cardio.
Inflammation chronique, hypertension, athérosclérose
🧠
Santé mentale
Humeur instable, anxiété liée aux crashes glycémiques répétés
🦠
Microbiote
Perturbation de la flore intestinale — inflammation de bas grade

7D'où viennent les sucres dans notre alimentation ?

Le sucre ne vient pas seulement du sachet blanc. Il existe dans presque tous les aliments — mais sous des formes très différentes avec des effets très différents.

1

Fruits entiers

Apportent surtout du fructose et du glucose, avec des fibres qui ralentissent l'assimilation.

Naturels ✓Fibres ✓
2

Produits laitiers nature

Apportent du galactose issu du lactose. Lait, yaourts nature, petits-suisses, fromage blanc — sans ajout industriel.

Naturels ✓Sans ajout ✓
3

Féculents et céréales complètes

Apportent de l'amidon (glucide complexe), énergie progressive. Préférer les versions complètes.

Complexes ✓Raffinés ⚠
4

Saccharose ajouté — non nécessaire

Présent dans 77 % des produits transformés (ANSES, 54 000 produits, 2024). Non nécessaire nutritionnellement.

Ajouté ✗Addictif ✗
🥤 Jus de fruit vs 🍎 Fruit entier — l'effet réel sur la glycémie Jus de fruit (même 100 % naturel) Fibres supprimées → absorption rapide → pic glycémique Sensation de faim rapide ✗ Fruit entier Fibres présentes → assimilation lente → glycémie stable Satiété durable ✓

8Simulation d'une journée équilibrée

Voici une journée concrète avec les sucres simples estimés par repas. Ces chiffres montrent qu'une alimentation naturelle couvre les besoins sans sucre ajouté.

☀️ PETIT DÉJEUNER
1 œuf≈ 0 g
1 yaourt nature (125g)≈ 5 g
1 kiwi (100g)≈ 9 g
2 tranches pain complet≈ 2 g
Eau
≈ 16–17 g
🌤 DÉJEUNER
Brocolis (150g)≈ 2,5 g
Pâtes complètes (150g)≈ 1 g
Blanc de poulet (120g)0 g
Fromage blanc (100g)≈ 4 g
1 banane (120g)≈ 15 g
≈ 22–23 g
🕔 GOÛTER
1 pomme (120g)≈ 12 g
Pain aux oléagineux (50g)≈ 8 g
Eau
≈ 20 g
🌙 DÎNER
Gratin quinoa+légumes (250g)≈ 4–5 g
Compote sans sucre ajouté≈ 10 g
Eau
≈ 14–15 g
TOTAL JOURNÉE — ADULTE
≈ 72–75 g de sucres simples naturels
+ ~130 g d'amidon (glucides complexes) · 0 g de saccharose ajouté
✓ 140 g de glucides/jour pour le cerveau (adulte) — atteints sans sucre ajouté
Seuil ANSES adulte
93 g
sucres simples naturels /j (adulte)

9Trois études incontournables

Voici les trois publications qui structurent le mieux la connaissance sur les sucres et la santé en France, synthétisées pour les parents.

1
ANSES 2016 — Actualisation des repères du PNNS : apports en sucres
Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation
Cette étude établit les premières recommandations chiffrées sur les sucres totaux en France. Elle distingue sucres naturels et sucres ajoutés et fixe le seuil maximal à 100 g de sucres totaux/jour pour les adultes. Elle documente que 20 % des adultes et 25 % des adolescents de 13–17 ans dépassent déjà cette valeur. Elle recommande de réduire de 25 % les glucides simples ajoutés au niveau de la population, et d'augmenter les apports en fibres (objectif : 25–30 g/jour).
2
ANSES 2019 — Repères alimentaires pour les enfants et adolescents
Avis sur les apports nutritionnels des 4–17 ans
Ce rapport cible spécifiquement les enfants et révèle une situation alarmante. Pour les 4–7 ans, le seuil est fixé à 60 g de sucres/jour — or 75 % d'entre eux le dépassent. Pour les 8–12 ans, le seuil est de 75 g/jour — 60 % le dépassent. L'étude pointe la responsabilité des produits industriels (céréales du matin, boissons sucrées, goûters emballés) et recommande de réorienter l'alimentation vers les produits bruts et peu transformés. Elle insiste sur l'importance de l'éducation alimentaire précoce et du rôle des parents dans la structuration des repas.
3
Foodwatch France — Enquête sur les sucres ajoutés dans les produits industriels
Association de défense des consommateurs
Publiée en janvier 2025, cette enquête de Foodwatch France a analysé 463 références alimentaires réparties dans 12 catégories de produits. Le constat central est frappant : les produits les moins chers contiennent en moyenne plus de sucre que les produits les plus chers, notamment parmi les marques de distributeurs. Ce n'est pas qu'une question de marketing — c'est une question d'inégalité alimentaire. Exemple documenté : la pizza la moins chère contient 183 % de sucre en plus que la pizza la plus chère. Le sucre est massivement utilisé comme substitut économique aux ingrédients de qualité (matières grasses, protéines) et comme exhausteur de goût à bas coût. Les familles aux revenus modestes, contraintes d'acheter les produits les moins chers, sont donc exposées à des teneurs en sucre structurellement plus élevées — un angle de santé publique rarement mis en avant.

🔬 Inserm / NutriNet-Santé — Trois études publiées en 2026 sur les additifs alimentaires

Une équipe de l'Inserm, de l'INRAE et de l'Université Sorbonne Paris Nord (équipe Cress-Eren, dir. Mathilde Touvier) a publié en 2026 trois études épidémiologiques à grande échelle portant sur plus de 100 000 participants de la cohorte NutriNet-Santé, suivis depuis 2009. L'objectif : évaluer les liens entre la consommation d'additifs colorants (codes E100–E199) et de conservateurs (E200–E399) et le risque de maladies chroniques.

Les résultats sont préoccupants. Les colorants alimentaires sont associés à une augmentation de 38 % du risque de diabète de type 2 chez les plus forts consommateurs, à une hausse de 14 % du risque de cancer global et de 21 % du risque de cancer du sein. Certains colorants spécifiques montrent des associations encore plus marquées : la curcumine (E100) est associée à +49 % de risque de diabète ; les anthocyanes (E163) à +40 %. Quant aux conservateurs, ils sont associés à une augmentation de 24 % du risque d'hypertension et de 16 % du risque de maladies cardiovasculaires chez les plus exposés. Le sorbate de potassium (E202) ressort particulièrement avec +39 % de risque d'hypertension.

Les auteurs concluent à la nécessité d'une réévaluation par les autorités sanitaires de la sécurité de ces additifs, et soulignent que ces résultats viennent appuyer les recommandations du PNNS : limiter l'exposition aux additifs non essentiels et privilégier les aliments peu ou pas transformés. Ces additifs colorants et conservateurs sont des marqueurs caractéristiques des aliments ultra-transformés, omniprésents dans les produits sucrés industriels destinés aux enfants.

10Les stratégies de l'industrie du sucre

Depuis les années 1960, l'industrie du sucre a développé des stratégies sophistiquées pour contrer les recherches scientifiques qui menaçaient ses intérêts commerciaux. Les connaître vous aide à mieux décoder l'information.

1

Financer des études orientées (modèle tabac). En 1964, trois scientifiques de Harvard auraient reçu l'équivalent de 45 000 € actuels pour changer leurs conclusions et rejeter la faute des maladies cardiovasculaires sur les graisses — et non sur le sucre. Cette stratégie a retardé de plusieurs décennies les recommandations de santé publique.

2

Semer le doute scientifique. La tactique centrale du lobby du sucre ressemble à celle du lobby du tabac : produire des études contradictoires, entretenir la controverse, faire diversion. L'objectif n'est pas de convaincre mais de maintenir un « doute » suffisant pour retarder la réglementation.

3

Infiltrer les comités scientifiques. Des firmes sucrières ont réussi à placer des experts dans des comités scientifiques de l'OMS pour bloquer tout projet de réduction du sucre, du gras ou du sel dans les aliments industriels. Le conflit d'intérêts est documenté dans plusieurs rapports indépendants.

4

Lobbying massif auprès des institutions. Une étude de l'ONG Corporate Europe Observatory (2016) révèle que les industriels du sucre dépensent 21,3 millions d'euros par an en lobbying auprès de la Commission européenne — pour bloquer les législations sur l'étiquetage, les taxes sur les boissons sucrées et les restrictions publicitaires.

5

Cibler les enfants par la publicité. Les publicités pour les produits sucrés sont massivement dirigées vers les enfants — avant, pendant et après les programmes jeunesse. Les emballages attractifs (mascottes, couleurs vives, références aux super-héros) sont conçus pour court-circuiter le jugement parental et créer une demande chez l'enfant.

6

Instrumentaliser les controverses. En faisant circuler et en entretenant le mythe que « le sucre rend hyperactif », l'industrie détourne l'attention du vrai problème (addiction, maladies chroniques, obésité) vers un faux débat facilement réfutable scientifiquement — ce qui discrédite indirectement les critiques sérieuses du sucre.

📚

« Cette industrie semble manipuler les processus scientifiques contemporains pour créer la controverse et faire avancer leurs intérêts commerciaux au détriment de la santé publique. »
— Kearns, Schmidt & Glantz, JAMA Internal Medicine, 2016 — analyse des documents internes de l'industrie du sucre sur la manipulation de la recherche en santé cardiovasculaire (Harvard, 1964).

1110 gestes concrets pour les parents

🌱

L'essentiel à retenir

Une alimentation diversifiée et peu transformée couvre naturellement tous les besoins en glucides. Le sucre ajouté n'est pas nécessaire — et peut devenir un problème réel. Les pics et chutes glycémiques fragilisent la concentration et l'humeur tandis que les additifs et les pesticides contribuent aux troubles du neurodéveloppement. Sucres, additifs, pesticides… sont à l'origine de nombreuses maladies. Choisir des aliments bruts, plutôt BIO, cuisiner maison, lire les étiquettes : des gestes simples aux effets durables sur la santé de toute la famille.

🥦 Manger varié
🏠 Cuisiner maison
🏷️ Lire les étiquettes
💧 Eau avant tout
🌿 Privilégier le BIO

📚 Références — Bibliographie et webographie

Textes institutionnels et avis officiels

ANSES (2016). Actualisation des repères du PNNS : apports en sucres. Avis de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail. www.anses.fr
ANSES (2019). Actualisation des repères du PNNS : révision des repères relatifs à l'alimentation des enfants et adolescents. Avis de l'ANSES. www.anses.fr
ANSES (2024). Étude sur 54 000 produits alimentaires transformés — présence des sucres ajoutés. Résultats de l'observatoire de l'alimentation. www.anses.fr
OMS (2015). Directive sur les sucres libres à l'intention des adultes et des enfants. Organisation mondiale de la Santé, Genève. www.who.int

Études scientifiques

Wolraich, M. L., Wilson, D. B., & White, J. W. (1995). The effect of sugar on behavior or cognition in children: A meta-analysis. Journal of the American Medical Association (JAMA), 274(20), 1617–1621. doi.org
Kearns, C. E., Schmidt, L. A., & Glantz, S. A. (2016). Sugar industry and coronary heart disease research: A historical analysis of internal industry documents. JAMA Internal Medicine, 176(11), 1680–1685. doi.org
Schoenthaler, S. J. (1982). The effect of sugar on the treatment and control of antisocial behavior: A double-blind study of an incarcerated juvenile population. International Journal of Biosocial Research, 3, 1–9.
Schoenthaler, S. J. (1983). Diet and crime: An empirical examination of the value of nutrition in the control and treatment of incarcerated juvenile offenders. International Journal of Biosocial Research, 4, 25–39.
McCann, D. et al. (2007). Food additives and hyperactive behaviour in 3-year-old and 8/9-year-old children in the community. The Lancet, 370(9598), 1560–1567. — Lien additifs colorants / comportements d'inattention.
Shah, S., Hasenböhler, A. et al. / Inserm-Cress-Eren (2026). Food colouring additives and cancer incidence in the NutriNet-Santé prospective cohort. European Journal of Epidemiology (9 avril 2026). DOI : 10.1007/s10654-026-01393-3
Shah, S., Hasenböhler, A. et al. / Inserm-Cress-Eren (2026). Food colouring additives and incidence of type 2 diabetes in the NutriNet-Santé prospective cohort. Diabetes Care (20 mai 2026). DOI : 10.2337/dc25-2727
Hasenböhler, A. et al. / Inserm-Cress-Eren (2026). Preservative food additives and incidence of hypertension and cardiovascular diseases in the NutriNet-Santé prospective cohort. European Heart Journal (21 mai 2026). DOI : 10.1093/eurheartj/ehag308 — Communiqué Inserm

Rapports et enquêtes

Foodwatch France (2025). Données brutes de l'enquête sur le sucre et les prix — novembre 2024. Enquête sur 463 références dans 12 catégories de produits alimentaires. Télécharger les données (PDF)www.foodwatch.org/fr
Corporate Europe Observatory (2016). Sugar rush: How the EU's sugar industry lobbied its way out of losing subsidies. corporateeurope.org
Programme National Nutrition Santé (PNNS). Repères alimentaires officiels français. www.mangerbouger.fr

Pour aller plus loin — webographie

🌐 ANSES : www.anses.fr/fr/content/les-sucres — fiches pratiques sur les sucres
🌐 Manger Bouger : www.mangerbouger.fr — programme officiel PNNS, repères alimentaires
🌐 Foodwatch France : www.foodwatch.org/fr — enquêtes consommateurs sur l'industrie agro-alimentaire
🌐 Open Food Facts : fr.openfoodfacts.org — base de données collaborative sur la composition des aliments
🌐 Agence BIO : www.agencebio.org — tout sur l'agriculture biologique et le logo AB

Document pédagogique de prévention — ©Philippe de CARLOS, Dr. en sciences de l'éducation, orthopédagogue et médiateur en santé publique. Reproduction autorisée avec mention de la source.